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Tet



Le Tet est une lettre particulière parce qu’il n’apparaît pas dans les tableaux alphabétiques à tous les moments de son histoire et qu’enfin on ignore encore exactement sa prononciation première. Les linguistes tout de même pensent, par analogie avec le Théta grec, au phonème Th comme dans thunder en anglais moderne.

Cette lettre a disparu de notre alphabet latin. Pourtant, formellement la roue barrée d’une croix est une figure que l’on trouve dans de nombreuses civilisations mais avec une tout autre valeur. Elle devient même un symbole chrétien que l’on trouve sous la forme de la croix celtique. De mémoire plus récente elle rappelle un mouvement d’extrême droite qui a hanté les murs de nos villes pendant quelques années.
Son cercle contenant un autre signe évoque la protection. Ce n’est pas pour rien que les égyptiens en ont fait un déterminatif lié à la notion de ville, de cité enceinte d’une muraille protectrice. La protection sera sa vocation car le Tet est un bouclier. En hébreu le mot Tet n’a pas de signification particulière, seule l’interprétation permettra d’aller plus loin dans le recherche de sens.

ZOHAR


La lettre Tet (T) entra en sa présence et dit : ¬¬—  maître du monde, veuille créer par moi le monde, car c'est avec moi que tu te nommes : bon (tob) et droit.
Il lui répondit : — Je ne créerai pas le monde par toi, car la bonté est contenue et réservée en toi, comme il est dit : «  Combien est vaste la bonté que tu réserves pour ceux qui te craignent" (Ps : 31, 20). Et parce qu'elle est cachée en toi la bonté n'a pas de part dans ce monde que je veux créer, si ce n'est dans le monde à venir. Et toujours parce qu'elle est cachée en toi, les portes du Temple s'enfonceront, comme il est écrit : « ses portes s'enfonceront dans la terre » (Lam : 2, 9). En outre le 'Heth (j) te correspond et lorsque vous vous associez en un seul c'est le péché ('het). c'est la raison pour laquelle ces lettres ne sont pas inscrites dans les noms des Saintes Tribus. Aussitôt elle sortit de sa présence.
 
SYMBOLIQUE


Elohim vit que la lumière était bonne, et Elohim sépara la lumière et les ténèbres.

Il faut attendre le verset quatre de la Genèse pour voir apparaître pour la première fois le Tet.
La lettre est rare mais le premier mot qu’elle soutient est essentiel dans le récit de la Création : Tov, bon, b/f. Ce bon va déterminer toutes les choses crées par Élohim. La vision du monde dans la tradition judaïque n’est pas sombre. Il existe un optimisme fondamental dans le judaïsme. Mais, comme le souligne le passage du Zohar en exergue, cette bonté n’est pas facile, ne s’offre pas au regard. Elle est cachée, donc à chercher sans relâche. Tov dans ce monde est toujours balancé par son contraire le Ra’, le mal. En Paradis, l’arbre de la connaissance ne contient pas seulement le fruit du Bien, mais aussi celui du Mal. L’un ne va pas sans l’autre. De même dans l’extrait du Zohar, à la fois Tet est opérateur du Bon, mais associé au ‘Het qui le précède dans l’ordre alphabétique, il crée le ‘Het, la faute, l’erreur. Ici point de dualisme pur et dur mais une sagesse qui nous indique que le Bien et le Mal absolus sont impossibles sur Terre. Cette lettre est à tel point un symbole du Bien qu’un commentateur comme Rachi de Troyes dira que s’il apparaît dans un rêve, cela présage que du bien pour le rêveur. 

« Une tradition nous enseigne que tout rêve où l’on distingue la lettre Tet, première du mot Tov, c’est un signe de paix pour l’En-haut et pour l’En-bas. Chacun dans ses rêves aperçoit les lettres qui correspondent à sa conduite : celui qui voit la lettre Tet c’est bon pour lui… La lettre Tet est la neuvième du Tout : car c’est elle qui s’illumine dès l’En-haut, près du Commencement et y est jointe. Elle prend naissance au sein de l’enclos du point, secret de la lettre Yod, qui est le point ténu. Grâce à la puissance de la lettre Tet surgit la lettre Vav, avec laquelle le Ciel est façonné. Et lorsque, s’enfermant dans le point ténu elle se dérobe à lui, la lettre Beth s’illumine ». Zohar 30b traduction Mopsik, Verdier.

Les maîtres du judaïsme ont remarqué sa singularité. En effet, elle est absente du Décalogue.
Une tradition donne pour étymologie à la lettre Tet, le Serpent. Certainement à cause de sa forme. Nous retrouvons-là l’idée de bouclier qu’évoque la lettre ancienne. Le Serpent pouvait être dessiné sur le bouclier ou prendre carrément sa forme. La cercle presque parfait fait penser à la figure emblématique du Serpent qui se mord la queue que l’on trouve dans de nombreuses traditions dont plus près de nous l’ouroboros de la tradition alchimique.
 
l’ouroboros alchimique


Cette figure du serpent n’est pas négative comme pourrait l’être celle du Na’hach, du serpent qui tente Ève et Adam. Il est plutôt symbole du mouvement, de la continuité, de l’éternel retour. L’ouroboros est aussi interprété comme l’union de la Terre et du Ciel. Plus simplement, ce serpent autophage est le Tout, la Perfection.
Une exégèse tout à fait différente nous fait revenir sur Terre. Certains voient dans leTet le mot Tit, la boue. Nous ne quittons pas l’univers de la genèse car c’est de la boue que Dieu a façonné les humains. C’est la matière première par excellence.
 
GUEMATRIA


Comme le sept, le neuf est un nombre très présent dans la tradition juive. Dans le registre des dates terribles, le Temple de Jérusalem a été détruit deux fois un 9 d’Av en 420 avant J.-C. et en 70 après J.-C. Ces deux 9 dates marquent le début de longs exils pour tout le peuple d’Israël. Elles sont fêtées chaque année comme des jours de deuil où les pratiquants s’abstiennent de certaines actions comme manger ou prendre des bains de mer. Curieusement l’expulsion des Juifs d’Espagne c’est aussi faite un 9 d’Av.

D’un point de vue ésotérique, le neuf est l’ultime marche vers le dix qui est considéré comme un sommet. Elle est le sceau de la perfection de la Création.  Comme l’entend l’ouroboros, le neuf est le chiffre du renouvellement, de la fin qui engendre de nouveaux commencements, l’hier amenant au demain.
Lors des fêtes importantes du mois de Tichri, équinoxe d’automne, il est un obligatoire d’entendre les neuf sonneries du Shofar, trompette en corne de bélier. Cette obligation prend sa source dans le texte biblique (Nombre 29,1) : « Le septième mois,  le premier du mois,  vous aurez une sainte assemblée ; vous ne ferez aucune œuvre servile.  Ce sera pour vous le jour des Acclamations ».

Le neuf se retrouve dans les neufs séfirot, mais aussi les neuf bénédictions du Nouvel An (Rosh Hashanah).
Le Tet peut se décomposer en un Khaf et un Zayin et ainsi s’ouvrir à un autre monde d’interprétations. Nous obtenons avec cette figure le nombre 27, même valeur que  le mot Tovi, mon bien.

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