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Vav

Vav traditionnel sépharade XIVe siècle

Tradition
Rabbi Akkiba

Pourquoi le Vav se tient-il droit tourné vers le Zayin, debout comme un bâton ? Parce que le Saint-béni-soit-il fait allusion au fait qu’à l’avenir il frappera les méchants avec des bâtons de feu au jour du jugement, au point qu’on entendra de l’enfer des cris de : « Vaï ! Vaï ! ». Pourquoi le Zayin se prolonge-t-il à la fois vers le Vav qui le précède et vers le ‘Hèt qui le suit ? Parce que tout fornicateur (baal-zenout) lorsqu’il va après une prostituée a un œil tourné vers la faute ‘Hèt et l’autre œil tourné vers les gens qui sont comme l’arbre du champ (droit comme le Vav) par crainte d’être vu par eux et qu’ils disent : « Vaï ! Vaï ! Untel va chez la prostituée».




SYMBOLISME


Toutes les méthodes de calligraphies que j’ai écrites commencent par les lettres Yod et Vav. En effet, les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque sont des déclinaisons des formes du Yod, le plus petit élément graphique possible. Il n’est qu’un point. La lettre Vav est toujours la seconde étudiée car elle est une simple extension du Yod. Il existe un autre ordre alphabétique où les lettres ne sont pas présentées dans la suite historique ou archéologique que nous connaissons mais dans une progression pédagogique de la lettre la plus simple à la plus complexe.

Le trait du Yod se prolonge vers le bas et donne un Vav.



Pour les commentateurs, si le Vav et le Yod sont tellement liés, ce n’est pas fortuitement qu’ils découlent l’un de l’autre. Le Yod est le premier élément du Tétragramme. Il est une sorte d’atome, que l’on ne peut diviser. Sous cette forme absolue de point, le divin que la lettre représente ne pourrait jamais exister, il resterait dans un monde inaccessible.

 Le Vav est l’interface entre l’univers non-humain du Un et le Manifesté. Il est le pont entre le visible et l’invisible. L’allongement du trait vertical est comme un câble tendu. Le Vav est le symbole de la Torah qui elle aussi est intermédiaire entre nous et le monde de Dieu. Sa verticalité évoque le rouleau où est calligraphié le Pentateuque. Sa rectitude est tel un rayon de lumière, telles les cornes de lumière qui émanaient de la tête de Moïse.

VAV-LIGNE029.jpgSa fonction de lien dépasse la notion d’interprétation, puisque grammaticalement le Vav est la conjonction de coordination qui correspond à notre et.
C’est lui qui relie les mots et les phrases. De très nombreux chapitres de la Bible commencent par un Vav, de même l’ Exode, Vayiqra’ commence par un Vav comme pour unir les différentes étapes du récit. Outre ce lien entre les choses et les temps, le Vav occupe dans la conjugaison une place très importante. En préfixant un verbe au futur avec un Vav on le met au passé et inversement, passage du mode accompli au mode inaccompli. Curieuse règle absolument étrange à notre univers indo-européen.

La langue hébraïque suscite un perpétuel étonnement et invite toujours à la méditation sur l’être et le devenir. Pourtant elle est la lettre la moins présente en initiale de mot, elle n’a que deux entrées dans les dictionnaires, mais elle est la lettre la plus usitée dans la Bible. Elle est aussi la lettre médiane de toute la Thora. Si tous les mots de ce livre étaient collés et qu’on divise par deux le nombre des lettres, on tombe sur Vav.
On comprend l’importance de cette lettre dans l’économie grammaticale du Tétragramme.

Le Nom à quatre lettres est une compression de trois expressions de l’être, Il était, Il est, Il sera. Le Vav au sein de ces trois modes pourra transformer le passé en futur ou le futur en passé.

Il est avec le Hé le signe de la dualité, masculin/féminin. On sait l’importance dans la tradition hébraïque de cette opposition. Contrairement aux langues indo-européennes les verbes hébreux ne se conjuguent pas de la même manière selon le genre du sujet. Le Vav marque la possession de la troisième personne au masculin. Certains discernent dans la verticalité du Vav une posture nettement ithyphallique.

GUÉMATRIA

Le Vav est aussi le chiffre 6, c’est-à-dire les six jours de la création, le septième étant le Shabbat où Dieu se repose.

Le 6 se retrouve dans le symbole même du peuple d’Israël : l’étoile de David à six branches. Cette figure est la superposition du monde d’en haut et du monde d’en bas, du fini et de l’infini, de la physique et de la métaphysique, de l’esprit et de la matière. D’autres voient dans ce croisement de triangles l’union d’Israël et de la Thora. Quoi qu’il en soit le Vav exprime l’union de contraire, le lien entre des univers différents.

La lettre Vav peut être lue en graphie complete comme waw qui a pour valeur, 6+1+6 =13 qui est la valeur de  É’had, l’Un et celle de Ahava, l’amour. Pour écrire Vav on peut aussi développer en ww, ce qui donnerait 2 fois waw donc 2 fois 13 soit 26 la valeur du Tétragramme.

Dans cette obsession qu’à la pensée juive pour l’origine certains maîtres ont vu dans le premier mot de la Bible, au commencement, Béréshit, bara’ shit, ce qui veut dire en araméen, il créa six. Tous ces jeux de chiffres et de lettres montrent à quel point chacun peut dans un délire interprétatoire apporter de l’eau au moulin du sens. N’y voyons pas forcément qu’une folie mais aussi une forme d’humour poussée à son extrême. L’essentiel n’est pas une vérité scientifique mais une manière de donner à chaque génération, à chaque minute passée devant la Bible ou le Talmud un nouveau départ, une nouvelle vie.

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