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Le Blanc

"FEU NOIR & BLANC" - calligraphie de Frank LALOU



A l'époque messianique, dieu révèlera le blanc de la tora dont les lettres sont actuellement invisibles pour nous



Cite R. Lévi Isaac de Beritchev, qui commente le verset d'Isaïe (41,4) qui annonce une nouvelle tora. Celle-ci ne tiendra pas seulement compte du noir des lettres, mais aussi des blancs qui les entourent, non seulement ceux qui sont visibles et que nous ne savons pas lire, mais aussi ceux qui sont invisibles.
De même les livres disparus et les lettres manquantes viendront bouleverser le texte, quand on les retrouvera ou quand elles seront révélées de nouveau.

Selon la tradition, les tables de la loi remises à Moïse ont été écrites par un feu noir sur feu blanc. Feu blanc était la torah écrite mais encoe invisible, feu noir était la torah orale (révélée).idixa


Robert Elbaz  paceminterris
Des Blancs
Dans son article Niveaux de signification, athéisme de l'écriture, Henri Atlan développe la thèse que nous partageons et qui dit que le non-dit dans le texte, cet espace interstitiel présuppositionnel propre à tous les textes signifiants, conditionne le dit dans sa signification:

Ce qui n'est pas dit joue, dans le langage naturel, un rôle décisif dans la création des significations. Et ce non-dit, on le trouve, là aussi de façon enchevêtrée, à la fois autour de ce qui est dit, sous la forme de différents niveaux emboîtés du contexte, et aussi à l'intérieur de ce qui est dit, dans les interstices, c'est-à-dire dans les silences et les blancs. En effet, ces silences et ces blancs jouent un rôle capital et paradoxal de réunion et de séparation, puisqu’ils permettent de distinguer à chaque niveau les éléments constitutifs du langage, celui des signes, des lettres, des mots des phrases, des chapitres, etc. Et en même temps, ils réunissent tous ces éléments entre eux et avec d'autres non-dits qui entourent le discours et forment son contexte, organisé en différents cadres de référence emboîtés les uns dans les autres. Et c'est là, dans ces fonctions de séparation/réunion enchevêtrées, que se crée la signification de ce qui est dit.

"SHIN" par Frank LALOU
Les blancs joueraient donc un double rôle. D'abord, ils séparent les signes les uns des autres, ainsi octroyant à chacun sa propre dénomination. Cette séparation et la dénomination particulière de chaque signe suggèrent une notion proche de celle de l'idéogramme. En effet, tout comme un idéogramme la ot incorpore sa signification dans son propre corps; elle fonctionne à un certain niveau comme une photographie.

Par ailleurs, les blancs relient entre elles toutes les formations sémiotiques qui composent le texte. C'est dans l'écart entre les dimensions de connexion et de division des blancs que se fait la signification. Mieux, selon le Rabbin Berditchev, le blanc entre les lettres serait plein de de signes et de lettres

La combinaison couronne/lettre/mots-signes ne suggère aucunement que ce processus imbricationnel présuppose une hiérarchie des significations car les micro et macro signes coïncident les uns avec les autres pour former la totalité synthétique du texte hébraïque. C'est dans cette veine là qu'il faudrait comprendre le dicton « ein moukda, oumeouhar batorah » qui veut dire littéralement il n'y a pas d'avant et d'après dans la Torah. L'organisation sémiotique biblique ne connaît ni d'avant ni d'après et nous pouvons conclure que le texte hébraïque se précède indéfiniment. Le texte se situe toujours dans cet espace mouvant devant et derrière lui-même. C'est un présent indéfini: tout commencement est une fin et toute fin un commencement, et les commencements et les fins sont multiples car tout récit biblique constitue un commencement et une fin qui rappelle les autres. Tout récit contribue à la structure totalisante: tout récit articule une variable dans un jeu de permutations qui ne connaît pas de limite. Et ce rappel mutuel des récits leur octroie leur dimension inter-narrative qui se manifeste dans leur capacité répétitive de se refléter et de se réfracter indéfiniment les uns les autres. Il est toujours question d'une structure de permutations à variables multiples. Nous pouvons présumer qu'il est question d'un nombre indéfini de variables, puisque les grilles interprétationnelles se multiplient indéfiniment et le processus de production est en expansion indéfinie.

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